Simulation protection juridique – Le dépôt légal de la BNF, sismographe de la mémoire française


Sur les bords de Seine, la Bibliothèque nationale de France (BnF), avec ses quatre hautes tours, semble aussi impassible que le cours du fleuve. Ses fidèles lecteurs savent que toute une vie fourmille derrière les murs vitrés, mais peu imaginent la pulsation quotidienne qui rythme ses entrailles.

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Chaque jour, les services du dépôt légal réceptionnent l’ensemble des publications faites en France. Une collecte qui remonte à l’ordonnance de Montpellier (1537), par laquelle François Iereuh a fait obligation aux éditeurs, imprimeurs et importateurs de déposer un exemplaire des documents qu’ils produisent, dès lors qu’ils sont mis à la disposition d’un public, à titre onéreux ou gratuit.

Arrivée massive à la fin du confinement

Depuis plus de 480 ans, le dépôt légal a été ainsi le premier mode d’enrichissement de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Rienen 2019, 79581 livres ce et 221661 fascicules de périodiques sont venus grossir ses étagères, ce qui correspond à une moyenne de 500 livres et un millier de fascicules par jour ouvré!

Avec une telle affluence, la gestion du confinement n’a pas été une mince affaire, le dépôt légal reposant sur une organisation de flux, bien huilée. « Nous avons d’abord cherché à prévenir nos 65 000 déposants que nous allions fermer nos services, mais que cela ne signifiait pas que le dépôt légal s’arrêtait, explique Benoît Tuleu, fils directeur. Beaucoup ont arrêté les livraisons, mais pas tous… »

Alors que la BnF plongeait dans le sommeil, de nombreux colis se sont entassés au service de réception, puis ont été stockés par La Poste. « Au moment du déconfinement, tout est arrivé dans un ordre aléatoire, explique Catherine Lagoute, cheffe du service de gestion des périodiques, qui a encore en tête la trentaine de chariots et les 200 caisses entassées… Nous avons appliqué les gestes de premiers secours: sortir les périodiques des cartons, les mettre à plat… Malgré la masse, nous étions rassurés de les voir chez nous! »

Une collecte exhaustive, sans jugement sur la qualité

Depuis, une course contre la montre s’est engagée: il faut enregistrer le passif, tout en gérant les nouveaux arrivages. « Pour nous, des cartons qui restent fermés, c’est une hérésie », Sourit Anne Mourand-Sarrazin, cheffe du service de gestion des livres. Le service des périodiques doit également vérifier les collections pour réclamer les numéros manquants. « Plus le temps passé, plus il sera difficile de compléter les pantalons car les éditeurs de périodiques ont très peu de stocks, explique Catherine Lagoute. Ou notre but est d’avoir des collections complètes. »

En ce jour de juillet, une dizaine de «bulletineurs» – le service au complet en compte une trentaine sur les 150 personnes du dépôt légal – sont à l’œuvre. Chaque document est déballé puis marqué d’un tampon, qui l’inscrit dans les collections de la BnF. Quelques mètres plus loin, ce sont les livres qui sont enregistrés. Sur les chars pleins, leurs titres reflètent la vie des derniers mois. Ce virus qui rend fou de Bernard Henri Lévy côtoie à égalité des ouvrages autoédités aux titres improbables: L’Apocalypse du pangolin, Tête de Covid, 19 poèmes sur le covid… « L’autoédition a beaucoup augmenté durant la période du confinement. On est environ 20% au-dessus de la production habituelle », constate Anne Mourand-Sarrazin.

Tel un sismographe, le dépôt légal enregistrera ce besoin de prendre la parole qui a surgi de l’épidémie. « Le dépôt légal n’exerce ni jugement ni sélection sur le contenu et la qualité, précise Benoît Tuleu. Il collecte des publications de culture savante comme de culture populaire. »

Collecte sur Internet

Si le dépôt légal suppose une logistique impressionnante, il a aussi une forme virtuelle. Créé en 2006, le dépôt légal de l’Internet permet de collecter des sites et des blogs. En 2019, 2,6 milliards d’URL et 1,1 pétaoctet de données cumulées ont été conservés, à partir de sélections ciblées qu’un robot va ensuite «moissonner». « Pour Internet, le dépôt légal ne peut être exhaustif, nous cherchons en revanche à être représentatif », Explique Tiphaine Vaqué, adjointe au directeur. Selon l’actualité, des captations par thèmes sont aussi effectuées. La dernière a été consacrée au Covid.

Le dépôt légal ne s’arrête pas à la collecte. En son sein, 70 personnes travaillent ensuite à la description des livres sous forme de fiches – leur catalogage – qui alimente le catalogue général utilisé par la BnF et les grandes bibliothèques en régions. Chaque année, ce service établit aussi la Bibliographie nationale française qui permet de retrouver tout ouvrage édité ou diffusé en France « sans que les résultats soient biaisés par des algorithmes », Explique Benoît Duleu. À l’heure d’Amazon et de Google, l’importance de ce service public n’a sans doute jamais été aussi vive.

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Le dépôt légal, plus de 480 ans de collecte

1537. Création du dépôt légal pour les imprimés. Le dépôt légal s’est ensuite diversifié au fur et à mesure du développement de nouveaux soutient:

– 1648: estampes, cartes et plans;

– 1793 : partitions musicales;

– 1925: photographies et phonogrammes;

– 1941: affiches;

– 1975: vidéogrammes et documents multimédias composites;

– 1992: multimédias, logiciels, bases de données;

– 2006 : L’Internet.

Les collections de la BnF sont consultables par les chercheurs, mais aussi par toute personne pouvant justifier une recherche particulière, sur inscription. Rens. : www.bnf.fr

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